Dashcam : la France a deux ans de retard

Dashcam dans le monde : pourquoi la France est à la traîne | Dashora
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Dashcam dans le monde : pourquoi la France est à la traîne

Russie, Corée du Sud, Royaume-Uni… Un tour du monde de l'adoption de la dashcam, et ce que cela révèle sur nos rapports à la confiance et à la preuve

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En Corée du Sud, près de 8 conducteurs sur 10 roulent avec une dashcam. En Russie, c'est une évidence depuis plus d'une décennie — au point que les vidéos de route russes constituent un genre à part entière sur internet. Au Royaume-Uni, les compagnies d'assurance encouragent activement l'équipement. Et en France ? La dashcam reste encore perçue comme un accessoire de passionné, vaguement suspicieux, un peu "trop américain".

Ce décalage n'est pas anodin. Il révèle quelque chose de profond sur la manière dont chaque société gère la confiance, la preuve et la responsabilité individuelle.

C'est en Russie que la dashcam a véritablement explosé, au début des années 2010. La raison est aussi simple que révélatrice : la corruption policière et les arnaques à l'assurance y étaient si répandues qu'un conducteur sans caméra embarquée était un conducteur vulnérable. Face à des institutions peu fiables, les citoyens ont développé leur propre système de preuve. La dashcam n'était pas un gadget — c'était une réponse à une défaillance de l'État.

Le résultat paradoxal ? La Russie est devenue l'un des pays où les archives vidéo de route sont les plus riches au monde. La météorite de Tcheliabinsk en 2013, filmée simultanément par des dizaines de conducteurs, n'a fait que révéler au reste du monde ce que les Russes savaient déjà : tout le monde filme.

En Corée du Sud, l'adoption massive tient à une combinaison de facteurs différents. La densité urbaine extrême, un réseau routier saturé et une culture où la responsabilité collective est très codifiée ont créé un terrain fertile. S'y ajoute un marché technologique local dynamique — des marques comme Thinkware ou BlackVue, aujourd'hui exportées dans le monde entier, sont nées pour répondre à une demande intérieure déjà massive.

Là-bas, installer une dashcam lors de l'achat d'une voiture est devenu aussi naturel qu'y poser des tapis de sol. Ce n'est plus une question de méfiance, c'est une norme sociale.

Le chemin britannique est différent, plus institutionnel. Les compagnies d'assurance ont joué un rôle moteur en proposant des réductions concrètes aux conducteurs équipés. La police, de son côté, a ouvert des portails officiels permettant aux citoyens de soumettre des vidéos de comportements dangereux sur la route — le programme Operation Snap au Pays de Galles en est l'exemple le plus connu.

Le message implicite était clair : la société britannique validait officiellement la dashcam comme outil citoyen, pas comme instrument de surveillance individuelle. Cette légitimation institutionnelle a considérablement accéléré l'adoption.

La France cumule plusieurs freins culturels et structurels. Il y a d'abord un rapport à la vie privée particulièrement sensible, hérité d'une longue tradition juridique et amplifié par le poids de la CNIL. Filmer dans l'espace public reste associé dans l'imaginaire collectif à la surveillance, plus qu'à la protection.

Il y a ensuite une confiance relativement plus grande envers les institutions — police, assureurs, système judiciaire — qui rend moins urgente la nécessité de se constituer soi-même ses preuves. Quand on pense que l'arbitre est fiable, on ressent moins le besoin d'apporter son propre enregistrement.

  • La dashcam souffre en France d'un déficit d'image : elle reste associée aux "gros rouleurs", aux chauffeurs professionnels ou aux paranoïaques — pas au conducteur ordinaire du dimanche.

Pourtant, les signaux d'un basculement se multiplient. Les ventes de dashcams progressent régulièrement en France depuis 2020. Plusieurs assureurs commencent à intégrer l'équipement dans leurs critères tarifaires. Et les réseaux sociaux ont normalisé l'idée de filmer sa conduite — entre compilations humoristiques et témoignages d'accidents viraux.

La génération qui arrive sur les routes a grandi avec l'idée que tout se documente. Pour elle, ne pas filmer sera bientôt l'exception, pas la règle.

La France ne rattrapera probablement jamais la Corée du Sud. Mais dans dix ans, il y a fort à parier que la dashcam sera aussi banale ici qu'un GPS — un outil qu'on ne remarque plus, parce qu'il est partout.
Et vous — roulez-vous déjà avec une dashcam ?